Protestantisme ?

Au début du XVIe siècle, plus exactement le 31 octobre 1517, il y a donc bientôt 500 ans, un certain moine catholique allemand du nom de Martin Luther publie une critique assez mordante de plusieurs croyances et pratiques importantes qui avaient cours à l'époque dans l'Église catholique romaine, critique appelée les « 95 Thèses ». Avec cette action, Luther est devenu celui qui a lancé un mouvement d'idées et de transformations dans la religion, la politique et dans la pensée à travers une grande partie de l'Europe, que l'on appelle aujourd'hui la Réforme. Ces transformations, et la réaction de l'Église catholique, ont donné lieu à la naissance d'une Église différente, ou plutôt d'Églises que l'on appelle « protestantes » parce qu'elles étaient composées de gens qui protestaient contre les réactions catholiques aux critiques de Luther et à la Réforme.

Pourquoi une Église différente ? N'est-ce pas Jésus lui-même qui a fondé l'Église ?

En fait non ; Jésus n'a pas fondé l'Église telle que nous la connaissons aujourd'hui. Jésus, d'après les récits des Évangiles, a bien envoyé ses disciples pour qu'ils continuent à raconter son histoire. Il leur a aussi demandé de se rassembler régulièrement pour « rompre le pain » ensemble, c.-à-d. manger et boire en mémoire de lui. C'est de là que l'Église s'est développée. 

Au fait, « Église » avec une majuscule désigne en géné©ral l'institution, tandis qu' « église » avec une minuscule désigne une communauté locale de chrétiens. Les protestants appellent le bâtiment ou le local habituel des réunions « le temple », et les réunions sont appelées des « cultes » (ce que l'on appelle des « messes » dans l'Église catholique).

Et les protestants, ils croient en quoi, alors ?

Eh bien, c'est une question très vaste, parce qu'il existe une grande variété de protestants. Mais disons qu'a priori tous les protestants partagent deux caractéristiques très importantes. Premièrement, le fait que c'est la Bible, et uniquement la Bible, qui peut dire le dernier mot pour décider ce que les chrétiens croient, pratiquent et comment ils vivent leur vie, et pas une institution (comme une Église ou comme un pape). Du coup, ce ne sont pas des personnes « désignées par Dieu » ou « honorées par les humains » qui peuvent décider de tout sur tout en ce qui concerne la foi et la vie personnelle des chrétiens, car tout être humain peut se tromper. La seconde caractéristique que tous les protestants partagent est tout à fait liée à l'importance de la Bible : il s'agit du libre examen, c.-à-d. le fait que tout être humain est libre de réfléchir et juger par lui-même, directement, de ce qui est bon ou mauvais, et en particulier de ce qu'il est bon de penser ou de croire ou non. Ce principe concerne beaucoup plus que simplement la lecture et l'interprétation de la Bible : le libre examen, c'est une façon d'affirmer que tout être humain peut avoir accès à Dieu sans avoir besoin de quelqu'un d'autre (liberté), mais aussi qu'il a la dignité de décider lui-même de ses croyances, de ses pratiques et de ses choix personnels dans sa vie. En gros, chacun est libre de penser, réfléchir et juger les choses comme il veut. Et le devoir de tout protestant est de permettre que chacun soit libre de le faire.

Cela veut dire aussi que bien souvent des protestants peuvent avoir des avis différents sur certaines choses, parfois même des choses importantes, et toujours se considérer comme chrétiens entre eux, comme des frères et des sœurs. C'est ce qu'on appelle le pluralisme, et c'est typique chez les protestants, parce qu'en même temps ils ont tous la même référence : la Bible.

Est-ce que les protestants ont la même bible que les catholiques romains ?

Oui et non.

Oui, parce que tous les livres bibliques que les protestants ont dans leur bible (66 livres) sont également utilisés par l'Église catholique romaine, les « livres canoniques ». Les différences que l'on peut observer entre les textes en français dans les bibles catholiques et protestantes sont là uniquement parce qu'ils utilisent des traductions différentes, rien de plus. D'ailleurs les protestants et les catholiques ont travaillé ensemble à la production d'une Traduction Œcuménique de la Bible (ou « TOB »).

Non, parce qu'à côté de ces 66 livres qu'ils ont en commun, il y a 8 autres livres en plus dans les bibles catholiques romaines (les livres deutérocanoniques). Bien sûr, les protestants connaissent aussi ces livres, mais ils considèrent qu'ils ne sont pas du même niveau que les vrais livres de la Bible (ils les appellent des livres apocryphes). Du coup, la plupart du temps ils laissent ces livres en dehors de leurs publications de la Bible. Mais cette différence n'a pas une très grande importance.

Pourquoi les protestants ne prient-ils pas Marie ?

Parce que Marie n'a rien d'un "Dieu" et que le message biblique affirme très clairement que l'on ne peut prier que Dieu. Cette absence de la prière envers Marie ne veut pas dire en fait que nous n'avons pas de considération pour Marie. La plupart des protestants en ont. On peut même lui attribuer une fonction symbolique. En réalité, en ceci l'Église protestante se situe totalement dans la continuité de l'Église chrétienne des débuts aux premiers siècles, qui remarquait aussi que Marie était venerabilis (vénérable), mais pas adorabilis (adorable). Les dogmes sur Marie (l'immaculée conception, le fait qu'elle soit toujours restée vierge et le fait qu'elle soit montée au ciel durant sa vie) sont en réalité des croyances récentes (la dernière date de 1951).

Est-ce que les protestants ont des saints ?

L'Église protestante croit, avec l'Église de tous les siècles, en la « communauté des saints », mais elle ne le comprend pas comme l'Église romaine l'a prêché durant des siècles, à savoir, dans le sens que « là-haut » existeraient des gens qui, de par une vie religieuse extrêmement dévouée, auraient le droit d'intervenir entre Dieu et nous pour régler certaines affaires particulières ; sans compter que le pape ici-bas pourrait décider de si quelqu'un là-bas pourrait ou non se faire remarquer. Les protestants trouvent cette idée en général assez cocasse.

« Saint », dans la Bible, ne signifie pas « particulièrement dévoué », mais « mis à part par Dieu ». C'est ainsi que dans la Bible l'on parle d'Israël comme peuple « saint ». De la même façon la communauté des croyants chrétiens est appelée par l'apôtre Paul comme étant des « saints ». Cela signifie que cette communauté est « mise à part » par Dieu pour le rendre présent sur terre. Des personnes exemplaires et édifiantes sortent fort heureusement du lot, y compris parmi les « saints ». Nous le reconnaissons aussi, mais nous ne leur adressons certainement pas de prières.

Auteur : Christel Lamère NGNAMBI, 2008 - Certains passages sont traduits du néerlandais et librement adaptés d'un texte de D. Wursten disponible à l'adresse www.opvrijevoeten.be/index.php?content=faq

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